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Approche multisensorielle et univers alimentaire

#Oralité #Repas

« Ce que mes yeux, mon nez, mes mains n’ont pas apprivoisé, ma bouche n’y touchera pas »

rappelle Véronique Leblanc, psychologue spécialisée dans les troubles alimentaires pédiatriques à l’hôpital Robert-Debré (Paris) et présidente de l’association Groupe MIAM MIAM. Manger c’est plus qu’une histoire de bouche et un besoin nutritionnel c’est aussi une histoire sensorielle.
Pour les enfants qui bénéficient d’une nutrition entérale, qu’elle soit partielle ou exclusive, les rituels autour du repas et l’approche multisensorielle sont essentiels : ils maintiennent le lien avec l’univers alimentaire et soutiennent, selon les cas, la poursuite ou la préparation d’un retour à l’oralité alimentaire.
Dans cet article, Véronique Leblanc partage des repères simples pour stimuler ces découvertes sensorielles.

Construire les fondations sensorielles

“Il ne suffit pas d’avoir faim pour pouvoir manger. Pour manger, l’enfant a besoin de nombreux acquis sur le plan moteur, sur le plan sensoriel, sur le plan des techniques orales (praxies orales : succion, malaxation, mastication…) sans oublier la compote de bisous » explique Véronique Leblanc.

L’exploration orale des objets

‘’Dès qu’ils ont un objet dans la main, tous les bébés du monde vont le porter à la bouche et l’explorer. C’est universel. Mais chez les enfants ayant des difficultés alimentaires, on remarque souvent qu’ils n’ont pas pu mettre en place cette étape de l’exploration orale’’, explique la psychologue.
Cette étape, loin d’être anodine, conditionne le développement de l’oralité alimentaire future. Grâce à cette exploration orale, l’enfant désensibilise sa bouche et met en place les techniques de succion, malaxation et mastication dont il a besoin. Il crée le lien main-bouche indispensable. Même et surtout si la nutrition entérale est mise en place précocement, il est primordial de proposer toutes ces sollicitations sensorielles qui permettront plus tard une oralité alimentaire qualitative et quantitative.

Voici quelques pistes d’accompagnement :

Proposer au bébé des objets faciles en termes de préhension et adaptés à la taille de sa bouche.

C’est le cas des petites brosses en silicone souple, avec des picots arrondis, ou des anneaux ergonomiques de dentition qui existent dans le commerce. Pourquoi les utiliser ?
➝ Ils facilitent la mise en bouche en toute sécurité.
➝ Ils stimulent les gencives, la langue, les lèvres et l’intérieur des joues et le palais.
➝ Ils aident à la désensibilisation buccale.

Ces objets ne sont pas de simples “jouets de dentition” : ils participent au développement sensoriel et moteur de la sphère orale.

Aider l’enfant en accompagnant son geste pour approcher délicatement l’objet de sa bouche.
Utiliser son propre doigt comme premier objet d’exploration rassurant.

Bien installer son bébé

S’il n’est pas correctement positionné, le bébé ne pourra pas porter ses mains ni les objets à sa bouche. Les bébés ont besoin d’être enroulés sur eux-mêmes, comme ils l’étaient dans le ventre. Cette position leur permet d’amener leurs mains au contact de leurs yeux et de les porter à leur bouche. C’est la base indispensable au développement de l’oralité.

L’approche sensorielle en pratique

“L’approche doit être douce, au rythme de l’enfant et reposer sur une sollicitation de tous les sens”
Affirme Véronique Leblanc

Il faut que l’enfant puisse regarder, écouter toucher, sentir avant de pouvoir mettre en bouche. L’apprivoisement des aliments suit un processus graduel qu’il faut respecter : on parle d’escalier sensoriel. Ce temps sensoriel lui permet d’apprivoiser toutes les caractéristiques de l’aliment.

La vue

“L’enfant va regarder l’aliment, il va mélanger sa purée de carottes avec sa cuillère.”

💡 Conseils pratiques

  • Varier les couleurs des aliments  et les formes pour aider à la diversification des textures.
  • Proposer des présentations ludiques

L’odorat

“N’oubliez pas à la base du goût il y a l’olfaction : le goût c’est 80% d’olfaction”

Rappelle la psychologue. Cette dimension est souvent négligée alors qu’elle est fondamentale.

💡Conseils pratiques

  • Faire sentir à l’enfant les aliments  bruts, cuisinés et présents sur la table.
  • Questionner l’enfant sur comment son nez perçoit une odeur nouvelle.
  • Accompagner dans la découverte de nouvelles odeurs.
  • Respecter les aversions temporaires.

C’est une sollicitation à répéter, sans se décourager : accepter un nouveau goût demande au minimum 10 présentations.

Le toucher

Les mains doivent pouvoir explorer avant la bouche. Tous les enfants du monde ont besoin de mettre leurs mains dans leur assiette et de porter leurs mains à leur bouche pour découvrir ce qu’on propose de manger, et ainsi apprivoiser les textures.

💡Conseils pratiques

  • Accepter que l’enfant mette les mains dans l’assiette.
  • Qu’il puisse toucher, écraser, émietter…
  •  Qu’il découvre les caractéristiques de l’aliment : chaud, froid, sec, collant, mouillé…

L’ouïe

Manger, c’est aussi écouter.
Les bruits du biberon, de cuisson et de mise bouche des aliments éveillent la curiosité et enrichissent l’expérience.

💡Conseils pratiques

  • Écouter ensemble les bruits de cuisson.
  • Découvrir les sons des aliments quand ils sont manipulés avec les mains ou dans la bouche : craquements, éclatements, froissements…

Le goût

C’est la dernière étape, jamais obligatoire. Après avoir vu, senti, touché et écouté, l’enfant peut accepter de goûter… ou pas.

💡Conseils pratiques

  • Proposer de goûter sans forcer.
  • Respecter les toutes petites quantités si l’enfant le souhaite.
  • Éviter les doubles textures, sources de confusion sensorielle et praxiques : quand vous mélangez du lisse et des morceaux dans la même cuillère, votre enfant ne sait plus comment faire. Il doit avaler la purée mais mâcher les morceaux ; c’est trop compliqué pour lui.
  • Aider la transition vers les morceaux : proposer une assiette compartimentée avec un côté le lisse que l’enfant pourra peut-être gérer en plus grande quantité et de l’autre côté les morceaux pour commencer à les apprivoiser ; commencer par des textures fondantes faciles à gérer en bouche.
  • Si votre enfant présente des difficultés alimentaires à versant sensoriel : proposer des goûts forts et francs comme par exemple, des épices, de l’ail ou des herbes à parsemer dans les plats.
  • Maintenir le plaisir comme objectif principal.

En résumé

Grâce à des gestes simples, à une posture respectueuse et à un accompagnement progressif, les enfants nourris sous nutrition entérale peuvent continuer à explorer, à ressentir, à se relier à la nourriture. C’est tout le sens du travail de Véronique Leblanc de ne jamais rompre ce lien.

Article rédigé sur base des propos recueillis auprès de Véronique Leblanc en septembre 2025.

Ce contenu a vocation à vous accompagner lors de la prise en charge nutritionnelle de vous ou de votre enfant sous nutrition entérale, en complément de l’accompagnement de votre équipe médicale. Si vous avez des questions complémentaires, parlez-en à votre médecin.

260310, Avril 2026, NUTRICIA Nutrition Clinique – RCS NANTERRE 451 229 306

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